Olivier Labbé, libraire emblématique du centre-ville de Blois, jette l'éponge. Il fermera boutique en juin prochain. Raisons évoquées : « il y a quarante ans, il y avait moins de voiture, plus d’habitants dans le cœur de ville et plus de stationnement. Aujourd’hui c’est exactement l’inverse. La clientèle vient donc de l’extérieur et elle ne se déplace pas à vélo ».
Traductions :
L’une des conditions de réussite des commerces de proximité de centres-villes, tient à des centres-villes habités. Un périmètre de chalandise significatif. Moins vos centres-villes comptent d’habitants et d'usagers temporaires (salariés, scolaires, seniors...), plus vous contribuez à fragiliser vos commerces de proximité (« élémentaire mon cher Watson » serait-on tenté d’ajouter : moins vous avez de clients potentiels, plus votre marché se rétracte). Cette « densité habitante » contribue aussi à mieux résister aux concurrents (enseignes nationales implantées à proximité et plateformes internet).
Un centre-ville bourré à craquer de voitures ne suffit pas au succès des commerces de proximité. C'est même l'inverse. Il faut que l’environnement soit agréable, propice aux arrêts fréquents (sur des places et dans des cafés) et donc favorable à la flânerie (combien de fois j’ai acheté des choses et consommé sur place dans ces environnements plaisants, sans intention préalable).
Les modes de déplacement grande distance influent peu sur le succès commercial des commerces de proximité de centres-villes. À partir du moment où un centre ville est dense en habitants, la question des transports grande distance est marginale (décarboner les transports est avant tout un enjeu de santé publique). De toute façon, tout le monde se déplace à pied par souci de commodité et… de sociabilité.
L’étalement urbain serait donc la cause essentielle de la perte de vitesse des commerces de proximité de centres-villes. Et les plateformes internet (je relativiserais néanmoins ce dernier facteur car nombre de centres-villes reste ultra dynamique).
MAIS, quand on met le sujet du commerce de proximité de centre-ville en perspective, le facteur de l’étalement urbain ne suffit pas. Il faut qualifier les effets de l’étalement urbain : la mise à l’extérieur des activités hors des centres-villes. Qui ont accru les distances de déplacement domicile-travail. Désertés par les habitants et les activités, les centres-villes deviennent des quartiers comme les autres, et n’ont plus de centre-ville que le nom. Car c’est quoi un centre-ville au fond si ce n’est qu’il est animé par un nombre significatif d’habitants et d’activités ? Ce n’est pas un hasard si la rue Hoche à Pantin a retrouvé sa vitalité commerciale (qui lui permet de résister aux grandes plateformes). Les entreprises ont réinvesti la rue. L’offre de logements s’est accrue. Les commerces de proximité sont venues complétées l’offre existante.
Principal enseignement : INTENSIFIEZ VOS CŒURS DE VILLE EN HABITANTS ET EN ACTIVITÉS ET VOUS RETROUVEREZ VOS COMMERCES DE PROXIMITÉ #intensitédusages