Face à l’explosion du nombre d’acteurs de l’urbanisme temporaire (ou éphémère ou de transition), il est intéressant de se pencher sur les entités de ce nouveau métier.

Ces dernières sont en train de bouger les lignes de l’architecture et de l’urbanisme selon la logique du « faire plus avec moins ». Cette classification est parfois artificielle tant certains acteurs pourraient appartenir à plusieurs familles. Elle n’est pas non plus exhaustive. Et j’appelle à la tolérance des acteurs vis-à-vis de ma démarche parfois réductrice (et suis bien sur preneur de vos remarques pour préciser et enrichir tout ceci). L’idée étant plus de montrer les spécificités, les dynamiques, les courants  qui traversent toutes nos initiatives.

Tout d’abord, pour être précis, il ne s’agit pas que d’urbanisme. Mais, c’est aujourd’hui le terme le plus générique pour qualifier ces nouveaux acteurs centrés usages, qui exercent tant dans les domaines du réemploi, de l’économie circulaire, de l’animation d’écosystèmes, de la production artisanale locale, de l’agriculture urbaine, de la préfiguration d’usages, de la concertation… En fait, les domaines concernés sont de plus en plus nombreux et croissent au gré des enjeux des projets. Ce mouvement n’est donc pas prêt de s’arrêter, bien au contraire il va  s’amplifier, jusqu’à remodeler les standards de l’urbanisme et de l’architecture.

Ensuite, tous sont convaincus que le territoire est une ressource, constitué de richesses diverses et insoupçonnées. Et que c’est la rencontre entre l’ascendant et le descendant qui contribue au sens du projet.

Enfin, ils se répartissent sur l’échiquier politique de Mélenchon à Macron (ce qui peut parfois susciter quelques frottements au sein de collectifs temporaires agrégeant plusieurs entités, mais rien de très méchant car ils se rejoignent sur les principes cosmopolite et universaliste, un peu moins sur l’idée d’une économie ouverte, libérale).

Les précurseurs

De profil plutôt militant, même si ce n’est pas le cas pour tous, ils pratiquent une « architecture de combat », sans se bercer d’illusion par rapport à l’avènement du Grand Soir. Issus de l’économie de la débrouille, mais pas seulement, ils ont précédé la tendance de l’urbanisme temporaire et font pour certains figures de précurseurs. Ils sont plutôt architectes, urbanistes, paysagistes. Leur modèle : la ville résiliente et contributive, capable de s’adapter aux changements de manière agile.

  • Julien Beller-6b
  • AAA
  • Coloco
  • Mains d’oeuvre

Les alternatifs

Ils sont très proches des « précurseurs », à ceci près qu’ils sont davantage issus de formations en sciences humaines et sociales (socio, philo, histoire…). Leur objet : porter des projets d’intérêt général dans les domaines du food, de la mobilité, de l’insertion, du réemploi…au sein de structures type SCOP.

  • REFER
  • Halage
  • Etudes et Chantiers
  • Cyclofficine
  • Appui
  • Clinamen

Les animateurs

L’une des caractéristiques fortes des acteurs de l’urbanisme temporaire est leur capacité à créer et à mettre en mouvement des écosystèmes aux compétences diverses, de manière agile et hyper adaptable à leur environnement. Mais certains sont de véritables experts de l’animation et se font une spécialité de revitaliser des lieux délaissés (ils travaillent souvent avec d’autres acteurs de l’urbanisme temporaire dans une optique complémentaire). Certains sont intrinsèquement liés au lieu qu’ils animent (ils en sont l’émanation). D’autres sont des nomades de la revitalisation de périmètres et emportent leur écosystème en bandoulière. Encore plus que tous les autres, leur mode opératoire est d’apprendre en marchant et de ne jamais préjuger du résultat final. Ils sont plutôt issus du domaine artistique et culturel (mais pas tous).

  • Soukmachines
  • la Lune rousse
  • Yes We Camp
  • le WIP
  • Darwin

Les Y

Fraichement diplômés d’écoles d’architecture ou encore en cours de formation, ils n’ont pas connu les agences d’architecture et se sont lancés directement sur des projets. Ils ont rapidement sû s’imposer.

  • Collectif etc
  • YA+K

Les born again

Cette famille est décomposable en deux voire trois sous-familles.
Certains viennent du secteur traditionnel de la promotion ou ont des parcours professionnels plus atypiques et ont senti la montée en puissance de l’urbanisme temporaire. Ils ne sont pas très lointains des « hardsoft ».

  • Plateau urbain
  • REI

D’autres sont des urbanistes de formation et ont travaillé soit chez des acteurs « alternatifs » de la promotion soit dans le domaine universitaire ou de la recherche appliquée en urbanisme.

  • Le sens de la ville
  • Promoteur de courtoisie urbaine

Enfin, les troisièmes ont opéré un virage professionnel à 180 degrés. Plutôt quadra – génération passerelle entre l’ancienne et la nouvelle économie – l’architecture, l’urbanisme ne sont pas leur métier d’origine. Ils ne se qualifient d’ailleurs pas en tant que tels. Ils sont plutôt issus du monde de la communication, du journalisme et du marketing. Pour certains, leur métier actuel est même périphérique au secteur de l’urbanisme et de l’architecture. Ils sont pourtant révélateurs de la mutation en train de s’opérer dans ce secteur. A savoir d’aller chercher sans cesse de nouvelles compétences, extérieures ou périphériques, pour répondre aux nouveaux enjeux des projets.

  • ICI Montreuil
  • Ville hybride
  • Les Alchimistes
  • Enlarge Your Paris
  • Les Mystères du Grand Paris

Les circulairistes

Ils se sont spécialisés dans un domaine bien précis. Plusieurs acteurs des différentes familles pourraient se retrouver dans celle-ci. Leur domaine est plutôt l’économie circulaire au sens large mais aussi et beaucoup l’agriculture urbaine. Ils ne sont pas si lointains des « ex-nihilo » mais la dimension environnement, préservation des ressources y est première dans leur activité.

  • Bellastock
  • Topager
  • Sous les fraises
  • Cultiver la ville

Les startuppers

Leur centre de gravité est Paris intra-muros (le 2nd arrondissement, berceau des start up parisiennes) et sont ultra connectés aux autres grandes métropoles internationales. Pour la plupart très diplômés, ils apportent les outils de type design thinking et innovation ouverte issus des grandes écoles de management, piochés dans les universités californiennes de renom (Berkeley, Stanford). Ils sont extrêmement Macron compatible.

  • Numa
  • Ouishare
  • Liegey Muller Pons
  • The Family

les gentrificateurs

Apparus plus récemment ils participent de la gentrification des territoires qu’ils investissent. Leurs activités ont en général pignon sur rue et contribuent à la revitalisation d’un quartier. Ils sont très proches des « startupper ». Il s’agit soit de lieux de vie et/ou de commerces, tendance décrit dernièrement par Jean-Laurent Cassely (certains lieux combinant les deux usages voire d’autres liées à l’apprentissage, la transmission de savoir faire) :

  • Le hasard ludique
  • Les Arts codés
  • les enseignes de rdc valorisant les circuits courts et/ou régionaux

Les inclassables

Ils ne se revendiquent pas acteurs de l’urbanisme temporaire et pourtant ils en sont des acteurs charnière. La plupart sont des artistes et investissent des lieux dévalorisés pour revitaliser des périmètres à l’abandon où ils y dénichent des pépites. Ils ont aussi une forte capacité à créer et à animer des écosystèmes. Ce sont très souvent des précurseurs et ne cherchent pas à devenir des professionnels de l’urbanisme, juste à être des acteurs engagés dans la vie de la cité (ce qui est la motivation de base de l’urbanisme temporaire).

  • Monte Laster-FACE
  • Nicolas Cesbron-Briche foraine
  • Daniel Purroy-Collectif 6bis
  • Deuxième groupe
  • Oblik
  • Frères Poussière

Les hardsoft

Issu des métiers traditionnels de l’urbanisme et de l’architecture, les usages sont leur dada. L’une des conditions de réussite des solutions qu’ils préconisent résident dans l’habitant contributeur : pas d’architecture et d’infrastructure durable et capable ou de modèle énergétique vertueux sans prise en compte de la réversibilité des usages, des pratiques habitantes. Ils préfigurent ce que seront de plus en plus les agences en urbanisme/architecture, voire les acteurs de la promotion (même si leur domaine d’application est plus vaste), et entendent bien dépasser le modèle de leurs prédécesseurs axés sur la forme.

  • Atelier Georges
  • Franck Boutté Consultants
  • Tolila Gililand
  • ABF-Lab
  • Tracks architectes