Michaël Silly passe une semaine à Copenhague en quête d’inspiration. Il parcourt la ville à pied, à vélo, en transport en commun et nous fait part de ses ressentis.

Je suis à Copenhague depuis quatre jours. C’est mon quatrième séjour ici. Et force est de constater, qu’à côtoyer les Copenhaguais, je peux qualifier leur espace public, d'« espace public domestique ». L’espace privé, les espaces communs des immeubles, voire des maisons, se confondent avec l’espace public. Il n’y a pas de frontière entre les usages qu’ils développent chez eux et en dehors de chez eux. Tout est fait pour qu’ils se sentent chez eux, partout. A se demander même si la catégorisation des différents espaces a un sens ici. C’est en tout cas un passable obligé auquel les opérateurs urbains ne peuvent pas déroger. Quelque chose d’hyper intégré. Un pli culturel local fortement ancré dans la façon de penser les projets.

Ils s’attablent en bas de chez eux dans leur jardin. Jardin qui le plus souvent se confond avec les espaces communs de la copropriété, qui eux-mêmes se confondent avec l’espace public. Ils s’attablent dans la rue, dans des espaces mis à leur disposition. Ils peuvent aussi descendre de chez eux et disposer tables et chaises sur le trottoir (mais en faisant toujours attention à n pas gêner le passage). A un endroit qui s’y prête.

Les enfants jouent en bas de leur immeuble sous les regards de leurs parents depuis leur salon. Ils laissent leur vélo sans attache dans la rue, leurs jouets un peu partout.

On y descend sa chaise pour lire un livre ou se retrouver entre copines en bas de chez soi.

Les Copenhaguais bricolent aussi dans la rue. Descendent planches, tréteaux et matériels pour couper, scier, trancher.

Et pourquoi en serait-il autrement ? Le fort sentiment d’appartenance à une communauté nationale homogène, qui a un mode de vie très codifié et partagé par tous, le permet. Le revers de la médaille est un manque de curiosité pour l’autre. Pour ma part, j’apprécie Copenhague mais à moins de me fondre dans le moule à 100%, point de salut. Et quand bien même, le voudrais-je vraiment sachant cela ? C’est là une limite glaçante à ce modèle. Si tu n’en es pas... tu n’en es pas ! Et pour balayer devant ma porte, oui bien sûr, l’intégration à la française n’est pas parfaite, mais je suis certain que même chez ses détracteurs, une société lisse et homogène les emmerderait profondément. Il y a tant d’éléments de notre vie quotidienne en provenance d’autres cultures, qui nous manqueraient énormément, si on devait nous les retirer. Il faut s’éloigner quelques temps de France pour se rendre compte combien notre société mélangée est source de fantaisie, d’emmerdement parfois car il ne faut pas tomber dans l’angélisme. Rodéos et feux d’artifices incessants sont une plaie (mais à qui la faute ?).

La grande question qui vous taraude : la porosité des espaces est-elle possible en France ? Au sein de communautés fortement homogènes, oui certainement. Est-elle faisable dans d’autres contextes socio-culturels ? A l’usage nous butons tous sur cette pratique. Nous butons sur des questions de sécurité : « vous n’y pensez pas ! Ouvrir les espaces communs extérieurs sur l’espace public. Tous les résidents vont nous tomber dessus ». Nous butons sur des questions de gestion des périmètres. Qui est responsible et prend en charge les coûts de maintenance.

En fait, un troisième modèle est possible. Entre les périmètres à forte homogénéïté sociale favorisant la porosité des différents espaces et les périmètres hétérogènes socialement qui segmentent fortement les espaces. La confiance installée avec les futurs occupants est une première étape. La traduction fine de leurs besoins une deuxième. La responsabilisation des habitants une troisième. Nous verrons d’ailleurs comment plus précisément le 29 septembre prochain lors de la formation « penser les projets à partir des espaces publics et communs ».