Si croiser sur son chemin des ailantes ou des renouées du Japon donne l’image d’une ville végétalisée accueillante de biodiversité, la flore urbaine si spécifique s’avère parfois inutile voire néfaste à l’écosystème. Zoom sur les espèces exotiques envahissantes.

“La flore urbaine est assez cosmopolite et le milieu urbain est sans cesse en mouvement, sans cesse perturbé au sens écologique du terme”, résume Guillaume Lemoine, Référent biodiversité et ingénierie écologique à l’Établissement Public Foncier Hauts-de-France. Si une ville végétalisée participe à notre bien-être en luttant notamment contre les îlots de chaleur, toutes les espèces végétales ne favorisent pas pour autant la biodiversité. Dans ce “milieu chaud, sec, hyper minéral” certains végétaux sont tout simplement inutiles à l’écosystème. On les appelle les EEE : espèces exotiques envahissantes. Introduites par les humains de manière volontaire ou accidentelle en raison notamment des échanges commerciaux, elles ont peu à peu colonisé nos villes et sont particulièrement difficiles à contrôler. “En ville, on a une biodiversité négative avec une place très importante des renouées du Japon, des buddleia, des ailantes, des robiniers, détaille Guillaume Lemoine. Et on assiste à une homogénéisation des flores, dans les grandes villes européennes et dans l’hémisphère nord de la planète.


Des espèces menaçantes

Si l’on retrouve un nombre important d’EEE dans les zones urbanisées, c’est parce que la ville est par essence un milieu ‘perturbé’. “Les milieux stables ne permettent pas aux EEE de s’installer. On les trouve dans les dunes, en bord de rivière où il y a un certain dynamisme mais dans un bois mature, dans une prairie bien stable, elles auront plus de mal à s’installer”, explique Guillaume Lemoine.

L’ailante, une plante originaire de Chine s'adapte ainsi très bien aux milieux artificialisés et pollués. Elle prolifère très rapidement, diffuse des toxines par ses racines, empêche les autres végétaux de se développer et accueille très peu d’espèces animales. Globalement, les EEE ont pour conséquence de “saturer l’espace”, empêchant “d’autres espèces natives de pouvoir se développer”.
En plus de menacer la biodiversité, les EEE peuvent parfois s’avérer néfastes pour les humains. Dans la région lyonnaise, l’ambroisie qui vit dans les espaces de chantier produit un pollen particulièrement allergisant, ce qui représente une contrainte sanitaire pour les populations.

L'ambroisie s'infiltre partout en ville, à travers le bitume.
Les espèces exotiques envahissantes sont considérées comme l’une des principales causes de l’érosion de la biodiversité et prolifèrent partout dans le monde.

Elles représentent un coût économique particulièrement important à l’échelle mondiale soit près de 1 600 milliards d’euros entre 1970 et 2017, en raison des dégâts qu’elles engendrent (pertes agricoles, santé humaine, foresterie…).

Prévenir plutôt que guérir

S’il est nécessaire de réguler la présence des espèces envahissantes en ville, il faut surtout pouvoir anticiper leur prolifération. “Il est plus facile et rapide de retirer un petit pied de buddleia, robinier, ailante et renouée du Japon que de s’attaquer à des arbres mâtures qui ont de grosses racines et une capacité à drageonner. On peut également essayer de supprimer, à défaut de le faire partout, les EEE présentes à proximité des zones que l’on restaure pour éviter qu’elles ne se disséminent”, explique Guillaume Lemoine.
L'Établissement Public Foncier Hauts-de-France travaille à la renaturation des friches, permettant de valoriser une forme de biodiversité sur ces espaces transitoires, en semant des prairies fleuries. La flore choisie accueille vertébrés et pollinisateurs et limite le développement des espèces exotiques envahissantes.

L'ailante, arbre envahissant et mal accueillant

Finalement, laisser la nature reprendre ses droits dans l’espace urbain, ce n’est pas forcément aider la biodiversité à s’installer puisqu’un milieu perturbé favorise l’arrivée d’espèces néfastes à l’écosystème. L’humain a donc un rôle important à jouer dans le choix des végétaux et a tout intérêt à anticiper la prolifération des mauvaises plantes. “Si on veut favoriser une forme de biodiversité qui a du sens, il faut intervenir. Il faut être bien conscient des enjeux, de la place des EEE, de leur capacité à prendre l’espace et après dans ce sens, si on veut une politique de biodiversité, c’est de les contraindre dans leur hyper développement, dans leur hyper dissémination.”